Plaquette de présentation du séminaire (2016 – 2017)

Actualité Critique à l’ENS

1.  Le séminaire d’actualité critique :

 

Actualité critique est un séminaire continu de l’ENS qui propose la rencontre et la confrontation de différents points de vue disciplinaires sur des sujets d’actualité récente.

 

Le séminaire se destine à établir, au vif de l’actualité, la cartographie des discours actuels. Il vise à répondre à la question : comment nous parle-t-on ? D’où viennent ces mots qui caractérisent les faits, comment mettre à jour les grilles d’intelligibilité de cette actualité qui nous traverse, nous affecte et compose notre paysage quotidien, sans que la temporalité médiatique, ininterrompue et hâtive, ne nous permette de prendre prise – une prise intellectuelle, critique et réflexive – sur les événements ?

 

Le séminaire se comprendra donc à la fois comme une réflexion (i) sur l’événement en lui-même, à travers des lectures diverses (sociologiques, sémiologiques, philosophiques, historiques, etc.) et un travail d’analyse (ii) de la communication et la médiatisation qui informent la réception des événements. Cette tentative de compréhension du cadre de l’actualité doit être multiple : plusieurs intervenant.e.s, étudiant.e.s ou non, livreront d’abord leurs analyses et exposés dans l’optique, toujours, de créer les conditions d’une discussion substantielle et prolixe avec la salle.

 

“Les Jeudis de l’ENS” sont aussi un moment de formation, au cœur de la scolarité qui définit l’Ecole. D’abord, parce qu’ils permettent une rencontre de tous les élèves et étudiant-e-s de l’Ecole autour d’objets communs. Ensuite, parce qu’ils font partie des “ouvertures” proposées dans le projet de structuration de la scolarité, qui doivent être validées par tous une fois dans le cours des études. Enfin, précisément, parce que le mode d’organisation des “Jeudis” associera, autour de deux ou trois enseignants et chercheurs, un groupe d’étudiant-e-s et d’élèves qui en piloteront au quotidien -les invitations, l’animations et la diffusion.

2. Qu’est-ce que l’actualité critique ? Esquisse d’une définition.

L’actualité critique se définit par une forme double :

 

  • D’un côté : utiliser les outils de la pensée critique pour approfondir un aspect de l’événement mis en jeu.
  • De l’autre côté : critiquer les médias qui créent l’événement. Se saisir de la nécessité d’un dévoilement des procédés par lesquels différentes institutions médiatiques informent les faits – au sens propre : les produisent, leur donnent un certain sens, une orientation, les modèlent et les structurent. Il s’agit de mettre au jour les effets des images et des mots que nous recevons sur la représentation et l’organisation des faits ; mais aussi de pointer les choix qui commandent les cadrages médiatiques, leurs affinités ou leur discordance avec les lieux du pouvoir. En tenant un discours sur les médias, il nous faut tenter de mieux comprendre comment l’information nous politise ou non, comment la publicité de l’actualité modifie notre rapport au monde.

 

Quel est l’objectif du séminaire ?

 

La difficulté du séminaire est d’assurer un moment de pensée rigoureuse et éclairante au moment même où nous sommes encore placé.e.s dans un régime émotionnel. La multiplication de la focalisation disciplinaire et la diversité des interventions viseront non pas à une tentative présomptueuse d’élucidation globale, mais s’inscriront dans le désir de comprendre : de se sentir partie de l’actualité qui nous saisit, et de nous donner des armes communes. Si l’analyse de l’actualité semble d’emblée un oxymore, n’étant pas donnée la distance nécessaire à la scientificité de ce séminaire, cependant nous y faisons le pari qu’il y sera possible d’activer un débat rigoureux – voire une prise de position face à l’événement.

 

L’enjeu est de trouver une temporalité intermédiaire entre l’immédiateté et la distance, entre le surgissement de l’événement et l’activité longue de la recherche. C’est une manière d’orienter la temporalité courte de l’actualité – émotionnelle, réactive – vers cette temporalité longue. De diriger vers la réflexion en s’alentissant sur les problèmes actuels, en se décalant du flux incessant des nouvelles, que les nouveaux moyens d’information (chaînes en continu, médias sociaux) rendent plus rapide encore.

 

Faire de l’actualité critique, c’est donc se donner la possibilité d’affuter les outils du savoir, d’en exploiter le potentiel explicatif, de les mettre au risque. Elle suppose donc, peut-être, une disposition méthodologique : accepter d’être déplacé par l’événement, par ce qui fait crise, en reconnaissant parfois les limites de ces outils tout en portant haut la nécessité d’expliquer et de comprendre.

 

Car, nous jugeons que si l’actualité heurte parfois, elle nous anime en même temps du désir de comprendre, elle nous invite au déploiement de la connaissance, et que, dans l’impuissance qui parfois l’accompagne, seule la mise en commun de nos réflexions peut nous redonner puissance d’agir : car il est pauvre et triste de penser seul.

 

Qu’est-ce qu’être critique ?

 

De par la double mise à distance qu’elle opère, l’actualité critique permet de comprendre les procédés par lesquels un événement est construit. Elle rejoint ainsi pleinement le projet critique de formaliser les divers procédés par lesquels un fait est donné à voir. Dans son projet de mettre à nu la généalogie constitutive des événements et du déploiement médiatique qui l’accompagne, la critique est une attitude épistémologique fondamentalement émancipatrice pour qui s’y emploie.

 

A cet égard, il convient de s’en référer à la définition de l’attitude critique proposée par Foucault dans sa conférence intitulée Qu’est-ce que la critique ? :

 

En face, et comme contrepartie, ou plutôt comme partenaire et adversaire à la fois des arts de gouverner, comme manière de s’en méfier, de les récuser, de les limiter, de leur trouver une juste mesure, de les transformer, de chercher à échapper à ces arts de gouverner ou, en tout cas, à les déplacer, au titre de réticence essentielle, mais aussi et par là même comme ligne de développement des arts de gouverner, il y aurait […] une sorte de forme culturelle générale, à la fois attitude morale et politique, manière de penser, etc., et que j’appellerais tout simplement l’art de n’être pas gouverné ou encore l’art de ne pas être gouverné comme ça et à ce prix. Et je proposerais donc, comme toute première définition de la critique, cette caractérisation générale : l’art de n’être pas tellement gouverné. »

3. Organisation du séminaire

 

Le séminaire se tient sur une fréquence hebdomadaire. Il aura lieu tous les jeudis, de 17h30 à 19h30, en salle des Actes.

 

Toutes les six semaines, un comité éditorial composées de personnes volontaires engagées pour le semestre définira les prochains sujets de travail et de discussions, dans une perspective transdisciplinaire.

 

Les étudiant.e.s et participant.e.s au séminaire seront invité.e.s à prendre en charge, par groupe de deux personnes minimum, l’une des séances d’actualité critique.

 

Le séminaire se compose de deux parties :

  • La première partie consiste en un enchaînement de plusieurs courts exposés ; les intervenant.e.s usent des outils propres à leur champ de recherche et d’action en sciences humaines (sociologie, théorie théâtrale, philosophie, droit, littérature etc.) afin d’éclairer la thématique choisie. Il s’agira d’en expliquer l’actualité, l’urgence qu’il y a à la penser et ce que son traitement médiatique, les ressources argumentatives et symboliques qu’elle mobilise, permet de comprendre. Dans cette optique, la variété des sources (comme des supports vidéos, des analyses de journaux télévisés par exemple ou des commentaires d’articles) sera la bienvenue.
  • La seconde partie donne l’occasion d’un débat entre les intervenant.e.s et l’assemblée ; chacun.e est invité.e à proposer à la lecture un texte de presse, à lancer une question, ou à interpeller l’un.e des intervenant.e.s.

4. Le comité éditorial et le choix des sujets

Le comité éditorial choisit comme sujet, sur la base d’un appel à projets :

 

  • Soit un événement marquant l’actualité, une polémique actuelle fortement investie par les discours et les médias (ou au contraire, un silence marquant quant à un sujet d’actualité). Exemples tirés de l’an dernier : « Le coût d’un migrant » ; « L’abstention » ; « Nuit Debout » ; « Les Barbares », « La déchéance de la nationalité ».
  • Soit un thème, une grille de lecture ou une interprétation de l’événementialité. Par exemple : « Culturalisme et matérialisme », « La désillusion du politique », « Le racisme au théâtre ? » etc.

 

La condition est que le sujet puisse avoir, pour support d’analyse, des discours médiatiques récents.

 

Tous les participant.e.s au séminaire peuvent envoyer leurs idées de sujets d’actualité critique au comité éditorial via l’adresse mail (jeudienscoordination@gmail.com) ou la page Facebook (Actualité Critique), et se proposer à l’organisation d’une séance particulière.

5. Communication

 

Les annonces des thèmes des séances se feront via la liste mail et Facebook.

 

Le calendrier des séances sera accessible sur http://jeudisenactes.ens.fr/ ; site qui archivera les enregistrement audio des interventions, par ailleurs disponibles sur www.savoirs.ens.fr

 

En amont du séminaire, les organisateurs et organisatrices de la séance sont invité.e.s à partager quelques pistes : des articles, des interviews, des vidéos : ce qui constituera un terrain commun à partir duquel, pourquoi pas, nous prendrons position et préparerons la discussion. Il s’agit également d’archiver, de constituer une mémoire de l’événement, qui juxtapose les matériaux en amont, qui les articule et les anime pendant, qui les laisse féconds et interrogatifs en aval.

6. Modalités de participation et de validation

Il y a trois modes de validation :

 

  1. Organiser une séance : au minimum deux personnes par séance, inscrites au début du semestre, la préparent avec, de préférence, un.e professeur.e de l’ENS, sur un thème validé par le comité éditorial. Il est possible de faire appel à des invité.e.s extérieur.e.s. Les organisateurs et organisatrices prennent en compte les articles et matériaux envoyés par les participant.e.s au séminaire, et réalisent une bibliographie, point d’accroche pour les participant.e.s. (3 crédits ENS, validation d’un enseignement d’ouverture dans le cadre du DENS)

 

  1. Assiduité et participation à la séance de restitution : La séance de restitution a lieu chaque fin de semestre. Elle est un moment réflexif sur le séminaire Actualité Critique. Y participer, c’est préparer un court exposé sur une séance précise, ou opérer un retour sur le séminaire – son organisation, sa visée. (6 crédits ENS, validation d’un enseignement d’ouverture dans le cadre du DENS)

 

  1. Participation active au comité éditorial, toutes les six semaines, pour définir les thèmes (6 crédits ENS, validation d’un enseignement d’ouverture dans le cadre du DENS).