Jeudi 9 mars 2017

La situation politique en Turquie aujourd’hui

Avec Gabrielle Angey (ATER à Paris Dauphine / CETOBAC), Zeynep Ertugrul (Master PDI, ENS) et Engin Sustam (chercheur invité à l’ENS).

 

Intervenants:

Engin Sustam (chercheur invité à l’ENS)
Gabrielle Angey (ATER à Paris Dauphine / CETOBAC)
Zeynep Ertugrul (master PDI, ENS)

 

Date, horaires et lieu:

Jeudi 9 mars 2017, 17h30-19h30
Salle des Actes, à l’ENS Ulm

 

Présentation des interventions:

 

 La Turquie aujourd’hui : conflit et société d’enfermement – par Engin Sustam

 

 

Dans le cadre de notre propos, l’étude de la société d’enfermement en Turquie nous conduit vers une analyse plus concrète, celle d’une gouvernementalité nécropolitique, caractérisée par la violence, le martyre de la nation, le conflit identitaire, la menace raciale et par le discours sécuritaire d’un état, dominé par les dispositifs de l’armée, de la police et les groupes paramilitaires de l’état profond. Ce type de forme disciplinaire retrouve ses alliances héritières dans son histoire İttihatçı (Comité Union et progrès, jeunes turques, a planifié le génocide arménien), kémaliste (défend un centralisme autoritaire chargé de maintenir l’intégrité territoriale d’un état unitaire) et islamique (lecture sunnite, salafiste et Ikhwan). Dans cette lecture, notre analyse est un essai critique cherchant à faire une problématisation de la crise politique gouvernemental propulsée par le libéralisme islamique et le nationalisme turc en entretenant un dialogue entre différentes approches du pouvoir, des coups d’états et de la violence contre ses citoyens. La Turquie a connu, ces dernières années, tous les aspects de la crise de l’état unitaire et ses symptômes fondamentaux (comme la question kurde, etc.) à travers la question de l’émancipation de toutes couches sociopolitiques des minorités actives comme les Kurdes, les Alévis, les écologistes, les Arméniens, les LGBTIQ, les femmes, les opposants, etc. En particuliers, la question kurde qui se manifeste par des appartenances politiques et autogestionnaires de l’insurrection urbaine avant et après le processus de la paix, a complétement décentralisé l’objective du gouvernement autoritaire d’AKP au Moyen-Orient. Cette présentation effectue une lecture critique de la société d’enfermement en Turquie qui renforce de plus en plus la domination autoritaire et le contrôle du social, le rejet du processus de paix à travers les concepts de la biopolitique (Foucault), de la nécropolitique (A. Mbembe) et de la souveraineté en lien avec l’exercice de la violence qui a découlé l’insurrection urbaine kurde. Cette problématique nous amène à penser la gouvernance en Turquie comme étant traversées par diverses crises et caractérisant une ligne de re-totalitarisme depuis 2012. À cause de la répression politique dans la sphère publique et le crime de guerre dans la région kurde, l’analyse du phénomène totalitaire d’Arendt présente aussi un intérêt important pour notre propos de société d’enfermement dans une Turquie qui se trouve ainsi à l’échelle mondiale. En effet, au sein du discours unitaire et sécuritaire du gouvernement, la norme du nationalisme et de la croyance islamique précède l’élimination des opposants du régime avec le langage de la menace et de la haine à travers les techniques disciplinaires de la violence policière et armement qui s’effectue dans le quotidienne. La violence devient un élément central de menace qui régularise la citoyenneté en Turquie à partir de la redéfinition de l’ennemi intérieur et extérieur. Comme nous venons d’analyser les concepts, le point de vue de la société d’enfermement permet de mettre en lumière une théorie de la pratique carcérale de la souveraineté gouvernementale contemporaine d’un mélange nationaliste et religieux à partir du milieu du conflit comme un aspect du pouvoir nécropolitique sur la vie des citoyens.

Références

ART ET SUBALTERNITÉ KURDE. L’émergence d’un espace de production subjective et créative entre violence et résistance en Turquie,

 

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Les conséquences de la répression politique par le gouvernement AKP d’un mouvement musulman transnational : le mouvement GÜlen – par Gabrielle Angey

La révélation d’une affaire de corruption mettant en cause des membres du gouvernement turc en décembre 2013, a été attribuée à une tentative de désabilistion du pouvoir par le mouvement musulman de Fethullah Gülen. Dès lors, le gouvernement AKP a inité une répression forte contre ce mouvement. Celle-ci s’est largement intensifiée suite au  coup d’ Etat raté du 15 juillet 2016 pour lequel il a été désigné coupable. Le mouvement Gülen est désormais présenté comme une organisation terroriste dans les médias, les discours politiques mais aussi par la justice turque. Nous exposerons la manière dont cette répression se répercute sur ce groupe musulman transnational en Turquie mais aussi par-delà les frontières turques et sur le devenir de ses militants

Références

Gabrielle Angey, « Le mouvement musulman turc de Fethullah Gülen en Afrique subsaharienne : faire l’école au transnational », Politique Africaine n°139, 2015/3, pp.23-42.https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=POLAF_139_0023

Bayram Balci, Missionnaires de l’Islam en Asie centrale, Les écoles turques de Fethullah Gülen, Maisonneuve Larose, 2003, 301 p.

Hamit Bozarslan, « Le coup d’Etat raté en Turquie », Esprit, 2016/9, pp. 10-15.

https://www.cairn.info/revue-esprit-2016-9-page-10.htm

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Les réseaux de la nouvelle élite islamo-conservatrice en Turquie – par Zeynep Ertugrul

 La nouvelle élite islamo-conservatrice, toujours en formation, est partie intégrante de la politique turque actuelle. Elle contribue à la production d’une nouvelle idéologie dominante et d’un nouveau modèle culturel. Les membres de cette élite circulent dans des différents secteurs (médias, université, entreprises) et mobilisent différents types de capitaux pour consolider le pouvoir de l’AKP.

Références

 

TUĞAL Cihan. « Transforming everyday life: Islamism and social movement theory », Theory and Society, 2009, Vol. 38, No.5, pp. 423-458

TUĞAL Cihan. « Religous Politics, Hegemony and the Market Economy ». In : LEON C, DESAI M, TUĞAL C, ÉD. Building Blocs. How Parties Organize Society. Stanford, California, 2015. p. 87‑123.

YANKAYA, Dilek. La nouvelle bourgeoisie islamique : le modèle turc, Paris, Presses Universitaires de France, 2013, 214 p.

Bibliographie de la Bibliothèque de l’ENS (préparée grâce à une collaboration entre Gilles Sosnowski, conservateur à la bibliothèque, et Saltuk Duran, doctorant employé à la bibliothèque sur un statut de moniteur étudiant):

Bibliographie Turquie 09 mars

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